La vie des survivants

Bien que le génocide des tutsi soit arrivé il y a à peu-près un quart de siècle, pour les survivants il reste une expérience actuelle qui les hante tous les jours. Chaque moment, heureux ou malheureux peut déclencher des mémoires des événements qu’ils ont enduré durant les cent jours de l’extermination des Tutsi.

Un chien qui aboie devant la porte d’à côté peut raviver la peur qu’ils ont connu quand ils fuyaient les chiens que les tueurs Hutu lançaient à leur trousses pour les traquer et les sortir de leurs cachettes. Une foule chantant avec des sifflets peut leur rappeler les chants des hutu pendant leurs expéditions de massacres. Les bons moments comme les mariages, peuvent soulever le douloureux rappel de l’absence des êtres chers qu’ils ne verront plus jamais.

Telle est la vérité, le temps s’est avéré incapable de guérir, du moins dans un avenir prévisible, les blessures visibles et invisibles que le génocide a légué aux survivants. Le génocide a secoué tous les domaines de la vie des survivants et la profondeur de leur perte est immense.

Les chiffres ne mentent pas !

Selon Gérald Prunier dans son livre Rwanda : le Génocide, il mentionne que plus de 80% de Tutsi vivant au Rwanda ont été tués pendant le génocide contre les Tutsis. Le nombre officiel du Gouvernement rwandais est un peu plus d’un million de morts, exactement 1,074,017 victimes selon le Ministère de l’Administration Locale, du Développement et des Affaires Sociales.

Il existe à peu près 309,368 survivants, 48% d’hommes et 52% de femmes1. Plus de 67% de ces femmes ont été violées durant le génocide et ont été infectées par le virus du sida. Dans plusieurs cas, le viol a été utilisé comme arme du Génocide par les extrémistes Hutus.

Les survivants du génocide aujourd’hui

La vie ne sera plus comment avant pour des survivants du génocide contre les Tutsis. Ils l’ont ce génocide dans le sang, ça hante leur conscience. Chacun cherche tant que mal à essayer de survivre, car vivre est un luxe qu’ils n’ont plus. Plusieurs années après le génocide, les survivants au Rwanda sont parmi les plus vulnérables de la société rwandaise pour ce qui est de la pauvreté et la santé. Jusqu’à maintenant 23,000 survivants pauvres reçoivent des allocations de 7,500 FRW ou l’équivalent de 8 $US par moiset 24,000 survivants encore plus démunis reçoivent l’assistance médicale par le Fond d’Assistance pour les Rescapés du Génocide (FARG) parce qu’ils ne peuvent pas payer la couverture médicale de base eux-mêmes. Un point positif, depuis la création de FARG, le fonds a aidé près d’un tiers des survivants à terminer l’école secondaire et un peu plus de 1200 rescapés terminent les études universitaires chaque année grâce à l’aide de FARG.

Surmonter les conséquences nombreuses du génocide est une tâche difficile que les rescapés seuls ne peuvent pas accomplir sans l’aide de leur entourage. Les défis sont insurmontables pour les survivants de tout âge, mais de façon particulière pour les parents qui ont perdu tous leurs enfants. Cette catégorie des survivants est celle qui est la plus vulnérable et qui a besoin d’assistance immédiate et permanente. Selon le Rapport d’évaluation 2018 de FARG, il y avait près de 2000 personnes âgées parmi les rescapés qui vivaient seuls. Ils ont besoin de services d’assistance directe comme la nourriture, le transport ainsi que d’autres services pour personnes âgées.

Comme il fallait s’y attendre, c’est parmi les survivants qu’on retrouve plus de personnes ayant les problèmes de santé mentale et il n’y a pas assez des ressources pour traiter les traumatismes causés par le génocide. Les cas de traumatismes sont problématiques car cela risque d’affecter les générations futures. En effet, une étude menée par les chercheurs de l’université Bar-Ilan en Israël sur le traumatisme causé par le Génocide a montré que les descendants des survivants Tutsi qui n’étaient même pas nées à l’époque du Génocide, sont les plus affectés par le traumatisme. https://www.sciencedaily.com/releases/2019/01/190109110046.htm

Plusieurs initiatives pour venir en aide aux survivants ont été lancées. Cependant, il n’y pas beaucoup de résultats, l’appel pour mettre en place un fond collectif de réparation pour les survivants n’a pas été entendu malgré les efforts des organisations des survivants durant plus de vingt an après le génocide. Un tel fond permettrait aux rescapés de faire face aux défis socio-économiques de façon plus holistique.

Organisations des survivants

Comme l’adage dit, l’union fait la force, pour faire face à ces défis, les survivants ont créée des associations pour s’aider mutuellement. Au Rwanda comme ailleurs dans le monde, différentes associations se sont formées. Les plus connues au Rwanda sont : IBUKA, AERG, AVEGA-Agahozo, GAERG , DUHOZANYE et BARAKABAHO. Ailleurs dans le monde partout où il y a une agglomération importante des rwandais, dans chaque ville les survivants qui s’y trouvant essayent de se grouper pour s’entraider, mais surtout pour les besoins de commémorer le Génocide contre les Tutsis chaque année à partir du 7 Avril et durant les 100 jours qui suivent. Parmi ces associations qu’on retrouve à travers le monde, il y a: ASBL RGTH Belgique, Ibuka-Europe qui regroupe les associations Ibuka de ce continent (Ibuka-France, Belgique, Italie, Hollande, Suisse), HUMURA et PAGE Rwanda au Canada, etc. Là, où il n’y a pas des associations des survivants ce sont des associations rwandaises en général qui sont en charge d’organiser les journées de commémoration.

Les associations des survivants souffrent d’un manque criant de fonds ne comptant que sur le bénévolat de ses membres. Ainsi, elles ne peuvent pas venir à bout des différents besoins des survivants, mais elles restent incontournables dans la vie des survivants car ces associations sont comme des familles où certains survivants peuvent se réfugier en cas de besoin.